* Le Cil du loup : octobre 2007 de Véronique Perriot dans le Dauphiné Libéré : « Patricia Olive, la danse au naturel »


« J’ai toujours rêvé de devenir danseuse. » Comme beaucoup de petites filles pourrait-on penser. Sauf que Patricia Olive n’est pas tombée dedans quand elle était petite. A Modane où elle grandit, on pratique le sport plus que la danse. Après force insistance, elle convainc ses parents de l’inscrire à un cours à l’âge de 10 ans. « J’étais une vraie sauvage alors, je passais ma vie dehors. » Sa souplesse, son sens du rythme, trouvent dans la danse leur expression naturelle. Mais la danse peut-elle être un métier ? Ses parents en doutant, Patricia commence une formation d’éducateur spécialisé (« je voulais aussi sauver le monde à l’époque ! »), a fait du droit, avant que la danse ne reprenne le dessus. Un remplacement l’amène à donner ses premiers cours, une rencontre, celle du danseur et chorégraphe Claude Coldy, la conduit sur le devant de la scène : « sous sa direction, j’ai dansé une chorégraphie de danse escalade lors du premier mondial d’escalade. Mon premier public : il y avait 6000 personnes au Palais des sports de Grenoble ! ».

Explorer les sources du mouvement


D’emblée, le ton de sa carrière, ou plutôt de son « cheminement », est posé : résolument en marge des cadres traditionnels de la danse. Car Patricia est avant tout une exploratrice du mouvement. Elle pratique ce qu’elle appelle la « danse et sens ». « Je cherche à faire émerger l’essence du mouvement, ce qui vient de l’intérieur, de l’essence de chacun. Mais pour ça je m’appuie sur les sens, en tant que capteurs d’information, ce qui met l’individu en relation avec l’environnement et le nourrit, pour à la fois exprimer ce qui vient de l’intérieur et imprimer ce qui vit à l’extérieur. » Une démarche très personnelle qui la conduit à s’ouvrir à d’autres disciplines : « J’ai constaté que cette pratique de danse provoquait beaucoup d’émotions chez les gens ; j’ai essayé de comprendre pourquoi. » Dès lors, exploration de la danse et de l’humain vont de pair. Des rencontres déterminantes (le penseur Yvan Amar, mais aussi des psychologues comme Jacques Salomé et Paule Salomon, et surtout le psychanalyste Guy Corneau avec qui elle collabore lors de séminaires de développement personnel depuis 12 ans), la découverte de nouvelles « techniques » (la danse contact improvisée et plus récemment la BMC® ou Body Mind Centering auquel elle se forme) l’amènent à approfondir sa démarche artistique pour faire émerger le mouvement vrai, spontané. Et rien de tel que de danser en pleine nature pour atteindre cette authenticité.
 

 Danser en plein air


« Au départ, la danse en nature est venue de mon envie d’être dehors. Et puis je me suis aperçue que cela amenait une autre conscience du mouvement ; le danseur est à l’écoute de sa musique intérieure, tout en étant inspiré par la nature, ses éléments, l’eau, la roche, le sable, ses saisons, qui lui permettent d’élargir sa palette gestuelle. J’ai donc multiplié les stages en ce sens. »

Dans le Vercors, où elle réside, mais aussi en Corse ou dans le désert du Sahara, où elle se rend tous les ans. Parallèlement, elle crée l’association « Le Cil du Loup », organise des rencontres de danse contemporaine et commence à monter ses propres projets. « J’ai toujours besoin d’une forme de création, même si je vis aussi d’autres choses !». Mère de trois enfants, Patricia est une femme gourmande de vie, avec toujours un éclat espiègle au coin de l’oeil. « En fait, je crois que je me suis mise à la danse parce que j’avais des difficultés à rentrer en relation avec les êtres humains. La danse m’a civilisée », confie-t-elle. A 46 ans, apaisée, elle est prête pour aborder une nouvelle étape de son chemin : celui de l’ouverture aux autres, du mouvement vécu comme un trait d’union, « un moyen de relier les gens entre eux ». Sa résidence au CHU de Grenoble, auprès des soignants mais aussi des patients Alzheimer, l’organisation de bals modernes sur le plateau du Vercors, ainsi que son dernier projet, "les  Sentiers du coeur", s’inscrivent clairement dans cette perspective. « Il y a un aspect politique, c’est clair. J’ai envie que les gens se rencontrent. J’ai envie que dans cette société de consommation il y ait des choses qui changent. Ce qui m’intéresse, c’est de créer des liens, d’amorcer un changement d’attitudes. » Et de résumer son projet, comme son parcours : « pour moi, la danse, c’est un chemin pour aller vers l’autre. »