Une édition spéciale

 
À 53 ans, j?ai eu le besoin de retrouver les motivations qui m'ont conduites jusque-là.

Ce que je sais, c?est que j'ai toujours eu besoin de sens, de culture, de créativité, de ne pas faire comme tout le monde...

Enfant, je pense que ce qui m'a attiré chez les artistes c'est leur capacité à faire rêver. Un artiste pensais- je, est « quelqu'un », une star ou pas. Il monte sur scène et est applaudi, ou bien reconnu dans la rue. Je ne voulais surtout pas ressembler à n'importe qui, être un numéro parmi tant d'autres. Je voulais, et veux toujours en fait, être une édition spéciale, exister, décider de ce que je veux faire ou pas. Être libre...

J'avais besoin d'être différente, de me montrer, d'être reconnue aussi, mais qui n'a pas besoin d'être reconnu(e) ?

Aujourd?hui, j?ai besoin de me dire : je peux entreprendre même si je ne suis pas dans le moule. Besoin d'entendre : ce que je fais est unique, d'être mon propre patron, c'est moi qui le fais et personne ne me l'impose. Parfois, je suis sur un cheval au galop dont je perdais les rênes, malgré moi.

Petite, je désirais le regard et l'estime de mon père je pense, qui passait plus de temps avec mes frères dans le garage. Je regrettais alors de ne pas savoir faire de mécanique pour avoir le regard de mon père. Besoin de m'affranchir du fait que les femmes n'étaient pas autant reconnues que les hommes. Je savais que ma grand-mère n'avait pas eu grand-chose de ses ascendants, car à l'époque c'est le fils aîné qui héritait. Je ressentais un profond sentiment d'injustice. J'avais alors besoin de m'échapper de la société patriarcale, de me libérer de l'idée que les femmes ne sont pas "capables". Mon mantra : Je suis capable, je suis capable, je suis capable, bordel de merde.

J'ai la force, le pouvoir, le courage de recommencer à 55 ans. De me reconvertir, de mettre à plat, de réfléchir, de tout remettre en question.

Oui je suis capable même si j'ai 55 ans. C'est loin d'être fini, je peux démarrer un nouveau pan de vie. Je veux montrer à mes enfants que c'est possible. Je veux leur montrer l'exemple, à eux, ou à n'importe qui d'autre.

Je peux réussir même si je suis une fille, même si je ne fais pas comme tout le monde, même si je suis mon propre patron, je vais bien, et je peux bien en vivre.

Oui c'est possible, je suis responsable de ma vie, j'ai tous les outils en main pour devenir enfin pleinement moi-même. Pas la fille qu'on attend, pas à l'image de ce qu'on croit que je suis ou de celle que j'ai voulu être tellement en quête de reconnaissance.

Moi, moi, moi, moi, moi, moi la vraie Patricia Olive.

M O I : 3 lettres qui me poursuivent depuis toujours : qui suis-je MOI ?

Serait-ce M comme maman : je suis née de sa chair et des cellules de mes ascendants maternels : la terre, les Hautes Alpes, le lac de la Roche de Rame, les abricots et les patates, le gâteau au vin blanc, les lapins et Mme Chaix, les montagnes et l'hôtel du lac ?

Serait-ce O comme Olive : la famille de mon père ? Le nord, la solidarité, la grande famille, le rire, la pêche, le bon vivant, la bonne franquette, le "pas trop prise de tête" et le travail ?

Serait-ce I comme ivre de liberté, je suis ivre de liberté, ou I comme indépendante moi qui ai toujours cherché à me débrouiller par moi-même ? Ou I comme Isis : la déesse mère, qui cherche les morceaux d'Osiris dans le Nil ?

Rassemblerai-je les morceaux de moi-même ? La Pat rebelle, forte et créative, la Pat simple, naturelle et joyeuse, la Pat sensible, sauvage et légère, la Pat drôle, artiste et poète, la Pat entrepreneure, organisatrice et communicante, la Pat égoïste, déterminée et directe, la Pat gourmande, la Pat étalée, la Pat brisée, la Pat sucrée, la Pat rondelette, la Pat sablée, la Pat gonflée, la Pat à tartes, celle à gâteaux....

Tous ces morceaux de moi qui constituent mon Edition spéciale....