Pour débrancher, déconnecter d’internet, de Facebook, du téléphone et des nouvelles du jour. Aujourd’hui, je souhaite partager avec vous mon ressenti sur 10h passées en pleine conscience. Le focus de ce jour là ? Prendre soin du printemps naissant.

Vendredi 7 avril 2017 de 7h à 17h30

7h00
"Je quitte la maison chaude pour entrer au lever du jour dans l'antre du site que j’ai choisi. Contrairement aux apparences, l'espace est plein, rempli de dizaines de chants d'oiseaux. Au bout de 3/4 d'heure, ceux-ci se calment, comme si leurs chants avaient pour fonction de nous prévenir de l’arrivée du soleil. Ils n'ont alors plus besoin de chanter pour qu'on soit attentifs, si nous ne le sommes pas, tant pis pour nous.

Je médite pendant 20 minutes environ et tandis que je suis là, assise sous ma couverture, je sens les voitures qui entrent dans mon champ énergétique à une centaine de mètres. Celui-ci est démultiplié et je peux le sentir s’expandre pour peu que j'y prête attention. Je viens juste de réaliser que 10h ça va être long...

8h00
Je décide d'aller visiter ce nouveau territoire : je suis, à 4 pattes, le sillon tracé par un animal dans l'herbe. Je sais que les blaireaux passent toujours au même endroit et je me demande si c'est celui qui s'est fait écraser il y a quelques années, ou bien si c’est le renard que j'aperçois parfois.

Je ressens la différence entre l'énergie d'une voiture, qui passe, lourde et métallique, et celle des oiseaux autour de moi, fine et subtile. J'entends des cris d'enfants au loin : mon champ de perception s'étend encore un peu plus. J'ai froid aux doigts. Je bouge. Je suis le chemin tracé dans l'herbe et me retrouve enchevêtrée entre des buis et des arbustes et tombe sur un espace où l'herbe est piétinée qui constitue probablement un lit. Je me dis que les animaux sont quand même costauds de dormir en pleine nature avec ce froid.

Je vois de petits espaces où viennent probablement de petits animaux comme une petite biche et son faon. Je suis à quelques mètres de ma maison et me rends compte que nous n'avons pas idée de tout ce qui se passe autour.

Les bruits du quotidien commencent à apparaître : le passage d'un avion, pesant, vibrant de toute sa puissance pour s'arracher à la gravité. D'autres chants d’oiseaux plus isolés sont apparus. Le pic vert a arrêté son martèlement, et, celui qui faisait un chant de séduction s'est tu.

Pleine conscience - Soleil
8h16
Le soleil apparaît : il est blanc. Je me poste en face de lui bien décidée à tenir jusqu'à midi ici. Le temps paraît durer plus longtemps quand on le prend. J'entends des coups : à un moment je me demande s'il n'y a pas un animal derrière moi car j'ai perçu un souffle rauque. Mais rien. La terre commence à se réchauffer : toutes les brindilles à mon arrivée recouvertes de gel laissent apparaître maintenant leur couleur verte. Nous sommes au printemps et pourtant il fait encore froid. Les fameuses giboulées de mars. Bientôt Pâques. Un événement qui n'a plus son sens car la plupart d'entre nous ne connaît plus le sens des festivités : quel dommage car chaque étape recèle un sens même laïc.

Je regarde la transformation de la nature. Un grondement se met à vibrer à travers l'espace : je ressens les secousses jusque dans mon corps. Quelqu'un au loin fait des travaux. Je ne sais pas si c'est une tranchée ou un chantier ou des fondations qui se réalisent. Je me rends compte que la terre doit souffrir quand on ne la prévient pas. Je pense aux personnes hyper sensibles et me dis qu'il y a de quoi devenir fou. Je pense à Séraphine, peintre mystique, qui a fini dans un asile comme bon nombre d'artistes à une époque. On n'entend plus cela aujourd'hui : des artistes qu'on enferme car trop sensibles ?

Il fait hyper beau, tant mieux. J'ai entendu quelqu'un siffler : je ne sais pas si c'est proche ou lointain. Le temps s'étire mais la notion de l'espace aussi. C'est étonnant. L'herbe est entrain de s'adoucir, elle est moins raide, et moi aussi. On parle de ce rapport entre nous et la nature, je m'ajuste et elle ne cesse de s'ajuster et d'encaisser notre violence. J'entends un âne qui brait au loin. Les odeurs ont changé.

9h00
Encore 3h avant que je ne retourne à la maison, car j’ai décidé de rentrer chercher quelque chose à manger. Je regarde quand même la montre mais ça ne me déplaît pas. Je pense que je vais la lâcher dans un moment. Ce n’est pas grave, l'essentiel est de vivre l'expérience.

Je prends soin de mon environnement et de la terre notamment, en prenant conscience de ce que nous lui infligeons. Je comprends ce qu'étaient ces vibrations que je percevais : c'était un bûcheron. Je viens d'entendre le craquement sourd de l'arbre qui tombe. Est-ce que, comme Yves Berneron, le bûcheron a parlé à cet arbre avant de le couper ?

Je prends conscience que cette journée m’amène à revivre une expérimentation essentielle à mes yeux qui mettent en avant la nécessité de "prendre soin" dans la performance contemporaine. Il est communément admis aujourd'hui que nous sommes entrés dans une nouvelle ère : tt l'anthropocène : terme géologique pour décrire l'état du monde récent et actuel auquel nous nous sommes habitués. Aujourd’hui on se pose la question : de quelle construction de l'avenir sommes-nous responsables ?

2h que je suis arrivée : ça passe vite en fait... Le soleil est monté dans le ciel et étonnamment les bruits se sont calmés. Je réalise la chance que j'ai de vivre près de la nature et combien est violente l'énergie de la ville. J'aime pourtant aller en ville et profiter de ses avantages.

J'ai un peu froid aux pieds maintenant. Je me challenge en me donnant des consignes. Je vais aller marcher en mettant un bandeau sur les yeux pour développer d'autres sens que la vue et l'ouïe. Les yeux bandés, j'ai réussi à retrouver mon "campement" ! J’ai d'abord marché debout et ressenti le tapis moelleux du sol, et celui sec et dur des cailloux.Puis je suis allée à quatre pattes pour sentir l'herbe et goûter quelques spécimens rencontrés. Sans gants j'ai alors réalisé comme la rosée va profondément dans la terre, même si le soleil a asséché en partie la surface. J’ai apprécié le moelleux profond et agréable sur lequel je me suis déplacée. J’étais contente de me retrouver à proximité de mon point de départ.

Un autre arbre est tombé. Ses branches ont craqué et son tronc a plié probablement : ses racines doivent souffrir.

Je me rends compte que j'ai les ongles longs et la peau sèche.

Depuis un moment, il y a un oiseau qui piaille comme s'il couvait. Je vais essayer de m'approcher.

Je crée en 3h un espace semblable à une maison. Là ce sont les toilettes, ici la chambre et là l'endroit où je ferais du feu si je devais rester plusieurs jours. Je pense aux personnes qui font des retraites de 3 jours dans la nature en autonomie complète. On se récrée vite des repères apparemment. Le chemin tracé par le passage des animaux me fait penser qu’eux aussi ils ont leurs repères.

Je n'ai plus froid aux pieds, le soleil est aux 3/4 du ciel et je pourrais enlever mon bonnet mais je le garde comme s'il me protégeait.

10h45 
Il fait bon. Encore une heure et quart avant que je ne bouge. Le cheminement se fait, c'est beau. On cherche souvent midi à 14h, et on ne voit pas les trésors au seuil de sa porte.
On a tout en nous, tout, tout, tout.

Pleine conscience - Patricia Olive

11h10
Je décide de faire un somme. En me réveillant, je réalise que j'ai porté mon attention essentiellement sur la terre et que je ne voyais plus le ciel.

Le ciel… Cette immensité sans obstacle si ce n'est les nuages, quelques avions et les oiseaux qui le traversent. Le ciel est bleu maintenant, le soleil n'est pas encore arrivé à la verticale. Le ciel est impressionnant : du temps des gaulois on avait peur qu’il nous tombe sur la tête. C'est drôle. Aujourd'hui on espère atteindre d'autres planètes que la lune et y construire un autre monde.
Je repense combien j'ai été impressionnée par les films que l'on peut visionner au musée des Confluences à Lyon pour y apprendre notre évolution. Le ciel que l'on voit est minuscule dans la galaxie dont on fait partis. Nous sommes des poussières d'étoiles.

Le ciel est plus impressionnant la nuit : ces milliers d'étoiles qui nous observent et forment des dessins sont tout simplement magiques. J'adore ces moments où on se raconte des histoires avec le mouvement des nuages. C'est ainsi que j'ai passé la première nuit avec mon mari actuel au sommet du Taillefer par zéro degré...

La lumière a changé bien sûr. Il me faut maintenant enfoncer mes doigts profondément pour trouver la fraîcheur de l'humidité.
Je commence à avoir faim. J'attends encore un peu avant d'aller chercher à manger.

Tout va bien. Bientôt 5h que je suis là et finalement tout va bien. Il faut dire que c'est super agréable avec ce soleil.
Le sens que je ressens le plus est l'ouïe : j’entends les oiseaux, beaucoup d'oiseaux en fait.

12h00
Je sens l'odeur de la terre et aussitôt me voilà projetée chez ma mamie. Je me remémore les foins, l'odeur de la terre retournée avec la bêche que je ne pouvais porter tellement elle était lourde, et la sensation gluante des vers de terre qu’elle donnait aux poules.

L'odorat a cette extraordinaire capacité de nous plonger dans le passé avec une fulgurance que je ne connais pas autrement.
On sent un parfum connu et immédiatement nous voilà à l'instant où nous l'avons déjà senti.

Je rentre chercher quelque chose à manger et recharger mon iPad. Je vois depuis la terrasse où je mange l'endroit que j'ai choisi pour aujourd'hui. Je comprends que ce site ne sera plus jamais le même à mes yeux et qu'il représente mon enracinement ici, nous qui allons bientôt quitter Valence pour revenir ici à l'année. Je me rends compte que c'est comme si le site me disait "tu vois ce n'est pas si dramatique que ça de quitter la ville. Et tu pourras y retourner quand tu veux."...
Bien sûr j'ai une sacrée chance d'avoir ce lieu : il va être de plus en plus vivant. Merci, merci, merci.

Je le reverrai chaque jour pour me rappeler : "Tu te souviens, la souffrance des racines des arbres coupés, et ici ce n'est rien à comparer de la ville. Ici, tu peux prendre soin de la nature et de ta propre nature et la nature prend soin de toi."...

13h00
Encore 4h30 mais je me souviens que ce matin le temps est passé très vite... Je vais faire une petite sieste je pense.

Tout à l'heure j'ai ressenti une immense joie, une vraie joie avec un vrai sourire. De retrouver le mouvement à l'intérieur de moi.
La vie est belle et la nature joyeuse : les oiseaux chantent et celui qui est derrière mon dos a un chant particulièrement agréable : ça roule dans sa gorge sans aucun effort. Il semble raconter une histoire car ce n'est pas tout le temps sur la même tonalité. J'adore le disque « Aerial » de Kate Bush avec des chants d’oiseaux.

L'air. L'air est un élément léger par définition. J'ai eu ma période "air" quand j'avais 18 ans. Et comme par hasard mon fils aussi au même âge. Je voulais voler comme les oiseaux : à cette époque, j'ai fait du parapente (c'étaient les débuts), du parachutisme, du deltaplane avec un amoureux, du planeur, de l'ULM avec un mec amoureux de moi, mais moi pas… J'ai tout essayé je pense. Je me souviens encore de la sensation de l'air s'engouffrant dans l'avion au moment où l'instructeur ouvre la porte pour préparer au saut. Quel bruit ! Quelle trouille ! Quelle folie ! C'est pas du tout naturel de sauter dans le vide mais dès que le parachute s'ouvre : ouaoh ! Les jambes pendent dans le vide et on voit la terre d'en haut. Par contre attention l'atterrissage est assez violent parfois !

L'air est associé pour moi au grand large : le son des voiles frappant les mâts, celui du bateau qui fend l'eau et les grands claquements au moment de virer de bord.

L'air, c'est aussi entendre quelqu'un respirer. C'est touchant quand on entend une vieille personne avoir du mal à monter les escaliers par exemple.

L'air c'est la danse : quand on traverse l'espace en courant, quand on saute ou quand on crie, quand on suit le trajet de l'air des narines jusqu'aux alvéoles de nos bronches. Quand il fait froid et que l'air froid descend jusque dans ma gorge et se réchauffe avant de descendre plus bas : l'air froid ne descend pas plus bas. Le corps a eu le temps de le réchauffer même s'il est très froid. Avec le Body-Mind Centering®, je ressens tout : je ressens que mon poumon droit a 3 lobes et pas le gauche par exemple.

13h51
Deux papillons passent. Je repense à ma mère venue me parler après sa mort par l’intermédiaire d’un papillon. Etait-ce un signe pour me dire qu'elle va bien, qu'il ne faut pas avoir peur de la mort, que c'est léger ?

14h30
Encore 3h et demi : je pense que ça va être long cet après-midi.


Je touche la terre sous la couche de l'herbe : elle est toujours autant humide en fait.

Nature et pleine conscience



Des images remontent à la surface : celles de ces syriens en train d'agoniser à cause des gaz nocifs envoyés par leur cher président. Il paraît que les USA ont attaqué ? Je ne sais pas si c’est vrai.

Je commence à m'ennuyer un peu. Pas trop envie de bouger en fait. J’arrêterais bien maintenant. Je suis nettement moins perméable à la nature maintenant : en train de digérer et de réfléchir : trop peut être ? Je change de place trois fois pour avoir différents points de vue de ce site. Je regarde la place vacante depuis laquelle je réfléchissais, écrivais, mangeais ou dormais.

J'ai marché dans le petit sillon creusé par le passage des animaux : ils ne vont pas comprendre à qui appartient cette odeur.

De là où je suis maintenant je vois une maison, celle de mes voisins : elle est bien placée un peu à l'écart du village et de la route. Ils ont une immense ferme.

J'entends des nouveaux bruits cet après-midi : je reconnais ceux d'un chantier d'une maison en construction. Les oiseaux chantent toujours, ce n'est pas les mêmes tout le temps. J'essaie de les repérer mais je ne réussis pas souvent... J'ai peu observé les insectes : quelques fourmis et une toile d'araignée ce matin.


Bientôt 15h, encore 2h30 : ça passe nettement moins vite le temps quand on est simplement à l'écoute...

Bon là j'en ai marre… Je n'ai plus d'eau de toutes manières : est ce que je vais résister à l'envie de retourner sous prétexte de l'eau ?

Et ma nature ? C'est quoi ma nature alors ? Je suis nature, simple et spontanée, plutôt joyeuse et enthousiaste au plus je vieillis. J'ai choisi de voir le verre à moitié plein et j’essaie de ne plus me comporter en victime : un vrai challenge !

Je me bouge pour être plus autonome et ne pas dépendre de mon mari mais j'avoue que de temps en temps je me laisse tenter par le « pédomorphisme » : je joue à l'enfant pour me faire cocooner. J'ai eu une sacrée tendance à faire ça mais je me soigne !

15h00
Je reprends mon travail d'écriture et avance, je n'aurai jamais autant écrit en une journée ! Il fait chaud et je me suis mise à l'ombre moi qui avais peur d'avoir froid. Je prends les choses calmement et me ressource dans cette nature généreuse. C'est comme si je faisais partie du paysage maintenant. Je me demande comment réagissent les animaux quand ils en croisent d'autres sur leur chemin.

Je porte mon attention sur le soleil. Tout d'un coup je réalise son trajet : Wow ! Il n'a pas été à la verticale on n'est pas encore en été ! Mais il a fait un sacré bout de chemin depuis ce matin ! Ou du moins la terre a sacrément tournée !

Encore une heure quarante.

Bon là j'en peux plus. Je vais y aller ce n'est pas possible… Encore une heure...

Je vais méditer pour me calmer.

Je fais un petit autel pour remercier le site dans lequel j'ai passé 9h25. Je craque je repars avant la fin du « jeu ».

17h05
Je décide de rentrer, j’ai adoré cette expérience, je prends la décision que je vais continuer et écrire un journal de ces journées que j’intitule « de pleine présence ». J’ai pris le temps de me reconnecter et de réécouter la nature.

Je suis plus attentive en rentrant aux efforts du pommier pour créer des pommes, et à ceux des oiseaux pour construire leur nid. Je me sens hyper sensible, à l’écoute de tout.

Je suis époustouflée par tant de beauté, émue aux larmes.

Je prends du temps pour reparler à nouveau. Merci, merci, merci. »

Pour aller plus loin...
> 4 histoires personnelles marquantes avec le toucher
> Les stages et programmes que je propose