"Tu ne veux pas comprendre Patricia Olive ? On va te donner un bon signal pour que tu arrêtes de courir, que tu te calmes, que tu prennes le temps de réfléchir, de revenir à l'intérieur.Tes amies te disaient bien que tu n'étais jamais disponible ! Tu n'as pas écouté ! Il t’a fallu un bon gros coup pour que tu entendes !” C’est ainsi que la rupture de deux tendons de mon épaule droite a changé ma vie professionnelle.


Il m’a fallu être opérée, restée un mois en centre de rééducation, pleuré toutes les larmes de mon corps, souffrir comme je n'avais jamais souffert durant des mois, mettre deux ans à m’en remettre, devoir prendre 4 mois des trucs pour pouvoir dormir la nuit, ne plus pouvoir me laver les cheveux, me faire un shampoing, agrafer ou dégrafer mon soutien gorge, ne plus pouvoir enfiler des chaussettes, porter quoique ce soit, ne plus pouvoir conduire pendant 4 mois, ne plus pouvoir ranger quoique ce soit en hauteur, voir la misère de jeunes sportifs au centre de rééducation. L’un d’eux m’a touché plus particulièrement : il avait eu un grave accident de moto et était  passé sous un camion, cassé en plusieurs morceaux, en chaise roulante. Il avait 18 ans et avait échappé à la mort. Je pensais à mes enfants du même âge…

Je passais des mois et des mois chez le kiné et ne voyais pas l'évolution de la guérison, j’avais l’impression que je ne guérirai jamais. Ca a été dur, mais aujourd'hui, je comprends le sens…


Un épisode parfait


Je ne voudrais plus ne pas avoir vécu cet épisode dans ma Vie car je reconnais que c'était parfait ! Pourquoi parfait ? Parce qu'à partir de là, un virage dans ma Vie s'est amorcé.

J'ai du changer. J'ai du prendre le temps de parler avec des amis, de me rendre compte combien je les avais délaissés, de « ne pas oublier de vivre », comme le dit la chanson de Johnny :)


Je devais revoir ma façon de vivre, de prendre le temps de m’occuper de mon corps, alors que j’enseigne la danse, le Body-Mind Centering et la chorégraphie…

J’ai enfin pris des décisions pour faire un bilan de Vie, écrire sur mon évolution, mon parcours. J’ai pris conscience de la nécessité de travailler sur moi, de trouver des mentors, des personnes qui m'indiquent la direction dans le chaos que je vivais alors.

Je ne m’étais pas rendue compte à quel point je ne savais plus qui j'étais, ce que je voulais, vers quoi je me dirigeais, moi qui n’avais aucun doute, qui avais enchaîné les évènements les uns après les autres, sans me remettre en question, qui pensais qu’en vivant de ma passion et en ayant toujours fais ce que je voulais, ça suffisait… J'avais la chance de vivre la vie que je voulais et ne voyais plus si je ce que je vivais était juste ou pas…

J'étais tout le temps pressée, tout le temps à fond et ne me posais presque jamais… Mon corps, délaissé, lui aussi, s’est alors manifesté.


Souffrir pour comprendre


Il m’a fallu souffrir pour comprendre.

Aujourd'hui je remercie mon corps, et plus particulièrement mon épaule que je chois, à qui je demande pardon de ne pas avoir écouté.

J’avais déjà vécu des ruptures, comme une chute en escalade qui s'est soldé par un traumatisme crânien, une fracture du poignet et une belle peur, mais je ne me souviens pas de la conscience que j’en avais, de la leçon qu’elle m’avait apporté.

J'étais à l'époque en rupture avec mon ex-mari et c’est mon corps qui a traduit la souffrance interne, pour la rendre visible.


Des larmes de gratitude pour la construction en devenir


Quand nous acceptons les événements « tragiques » que la Vie nous impose, (je n’arrive plus à dire « nous fait subir »), nous pouvons les vivre comme des cadeaux, une opportunité pour grandir et une invitation à en comprendre le sens. Je pense que nous pouvons rester focalisé sur la sensation de vivre une « destruction » ou au contraire, percevoir la « construction en devenir ».


Depuis que j’ai choisi d'être responsable de ce que je vis, je suis stupéfaite des changements que cela a opéré dans mon quotidien. Je me plains moins, je n’accuse plus à l'emporte pièce, je me pose des questions sans critiquer systématiquement, et parfois je pleure d'émotion tellement cela me touche. Cela me touche de ressentir la Vie qui cherche à se frayer un chemin, plutôt qu'être enfermée à cause de la peur…

Je suis aujourd'hui reconnaissante de ces souffrances nécessaires, inévitables. J’ai appris depuis que c’est une illusion de croire que nous ne pourrions vivre que le bonheur, la joie, la santé, la relation parfaite, sans une part de désagréable. La crise est indispensable pour évoluer. La douleur, la souffrance, la maladie, font partis de la loi de l'équilibre, mise en exergue par John De Martini et transmise par David Laroche. C'est une illusion de croire que les moments difficiles peuvent être totalement éradiqués. Depuis que j’ai compris cela, ça va beaucoup mieux. Je les vénère même, ces crises, ces moments de chaos, car ils m’ont aidé à grandir et à prendre soin de moi. Ils m’ont permis de mieux m’aimer…